BENJAMIN ILSCHNER
Par ce dimanche ensoleillé, les Fribourgeois ont été nombreux à prendre place sur les bancs de l'église Saint-Michel. Mais pas à contrecœur: ils ont fait confiance -sans s'y tromper! - à l'EW (Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne) et l'OCG (Orchestre de chambre de Genève) pour se laisser éblouir par une œuvre qu'on ne présente plus, qu'on aimera toujours. Pour ne rien gâcher, cette «Création» de Haydn bénéfice du concours de solistes remarquables: Thomas Oliemans (Raphaël, Adam) intervient en premier, grave et mystérieux comme le veut son texte encore soumis à l'obscurité originelle. Puis, dans un sublime élan musical, l'éclatante lumière envahit l'espace: le timbre clair et franc du ténor Julian Prégardien (Uriel) souligne l'optimisme de ces instants préfigurant la création du monde. En contraste, il évoquera avec douceur le rêve pastel de la nuit étoilée, tout comme Thomas Oliemans saura révéler avec émerveillement l'apparition des êtres vivants. |
Jessica Muirhead (Eva, Gabriel), élégante dans ses vocalises aux trilles serrés, se montre attentive à la poésie des passages plus posés. Lors des récitatifs en trio, leurs voix homogènes convainquent dans toutes les nuances.
D'excellentes répliques sont ainsi données à des choristes engagés, endurants et précis. A peine moins incisifs que leurs collègues instrumentistes, ils font ressortir les magnifiques reliefs du contrepoint de Haydn, notamment dans le chœur final de la deuxième partie («Vollendet ist das große Werk»). A la direction, Patrick Lange soigne aussi la sonorité orchestrale: il ne retire pas de fracas exagérés des timbales et des cuivres, évite que les pupitres des bois paraissent distants, insuffle aux cordes une variété de couleurs et une vivacité indispensables à l'envergure de cette monumentale partition. Conclusion logique: l'ovation d'un public subjugué. |