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BENJAMIN ILSCHNER
Auditeur ou musicien, on ne gravit pas tous les jours un sommet comme «Elias» de Félix Men-delssohn. Les moyens à mettre en œuvre sont importants, l'effort à fournir de même: deux heures et demie de musique délicates à gérer attendent ceux qui s'allient pour relire cette volumineuse partition. C'est-à-dire un grand chœur mixte, un orchestre symphonique, des solistes secondaires, quatre solistes principaux, dont un rôle-titre des plus exigeants. Dimanche passé, l'Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne, l'Orchestre symphonique du Jura et un plateau de solistes internationaux ont relevé le défi haut la main sous la direction de Philippe Morard. Leur engagement et leur endurance ont été salués par un public nombreux: le premier des quatre concerts de l'Avent programmés chaque année aux portes de Fribourg affichait complet.
La force dramaturgique du texte est annoncée dès les mesures initiales: «II n'y aura ni rosée ni pluie», prophétise Elias au début de la première partie. Face |
aux appels au secours du peuple hébreu désespéré, Detlef Roth incarne ce personnage avec passion et assurance. Son timbre autoritaire en impose d'entrée de jeu. L'orchestre a parfois même du mal à lui donner la réplique sur un ton aussi puissant. Ce n'est pourtant pas faute de nuances de la part du baryton, qui trouve des expressions très adéquates dans ses répliques moins éclatantes.
Les autres solistes occupent une place moins en vue dans l'action, mais convainquent eux aussi par des airs et récitatifs alliant souplesse et précision. Quant à l'EVV, il s'approprie certains épisodes avec une verve particulièrement prononcée (poignant dialogue entre Elie et les prophètes de Baal notamment). La longue ascension ne lui laisse que peu de répit, mais sa bonne préparation lui permet de maintenir une tension continue au fil de cette œuvre remarquablement bien structurée. Deux de ses caractéristiques majeures, grandeur et recueillement, ressortent pleinement de cette interprétation. I |