Fragments exceptionnels de Mendelssohn
L'année du centenaire de l'Eglise Rouge s'est achevée dans un déferlement de musique, avec rien moins que le Wiener Concert-Verein, l'Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne, le soprano Cornelia Horak et le ténor Daniel Johannsen, sous la direction de Philippe Morard. On n'entend guère le chant du cygne de Mendelssohn, «Christus»: de cette vaste fresque, le compositeur mort trop jeune n'a pu écrire que deux brefs tableaux. Nul doute que l'oeuvre achevée aurait été l'une des plus poignantes de la musique religieuse romantique. Après un premier passage annonçant la Nativité avec grande ferveur, le musicien met tout son art de l'orchestration et du contrepoint au service du texte, culminant de théâtralité dans la confrontation de Pilate et des juifs, digne des grandes passions de Bach. Se déploie alors le sommet de l'oeuvre, méditation sur les filles de Sion qui pleureront sur leur sort. Mendelssohn en tire une page d'une dilection et d'une compassion exceptionnelles, peut-être nourrie par l'appartenance double d'un musicien luthérien aux ancêtres juifs.
Musiciens hors pair
Ces sentiments sont rendus à merveille par des musiciens hors pair. Un orchestre d'une suavité et d'une rondeur parfaites arrive à nous faire oublier la présence d'êtres humains pour devenir pure musique. L'Ensemble de Villars-sur-Glâne prouve qu'il est l'un des meilleurs de Romandie, doté notamment d'un registre de ténor puissant et incarné. Le «Lobgesang», oeuvre étonnante où se succèdent une louange symphonique sans voix puis une rhapsodie de textes bibliques, n'atteint pas à la même profondeur, mais réserve quelques très belles pages et donne au choeur et au ténor l'occasion de déployer leurs qualités avec une virtuosité héroïque. / ATR