FRIBOURG, LE 2 SEPTEMBRE 2007
02 Septembre 2007 | 23h47
Pouvait-on imaginer ville plus adaptée à la Schubertiade que celle de Fribourg, avec ses églises innombrables, ses petites places au parfum médiéval, ses salons Ancien Régime et ce théâtre en plein air que constitue le plan incliné de la Planche supérieure? La grande biennale de musique classique investit pourtant la basse ville pour la première fois de son histoire. Evidemment, cela coïncide cette année avec les 850 ans de Fribourg et il valait peut-être la peine d'attendre. Pour que la Schubertiade d'Espace 2 continue à nous enchanter et nous surprendre. |
PHILIPPE MAEDER | MESSE ALLEMANDE: Clou de la Schubertiade, ce concert auquel participe le public a été fréquenté par la foule des grands jours à Fribourg, ville qui compte de nombreux chanteurs de valeur.
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On croise dans les rues pentues qui relient le quartier du Petit-Saint-Jean à celui de la cathédrale, quantité de piétons, ravis de découvrir ce décor spectaculaire que l'on ne soupçonne pas de loin. En traversant les ponts, les passants s'extasient de la vue sur la cathédrale. La Sarine coule à tout petit débit, estompant déjà le souvenir des récentes crues. Pour ce premier week-end de septembre, Franz Schubert a commandé une météo clémente, presque automnale par sa fraîcheur matinale, mais radieuse et idéale pour les concerts extérieurs. Le périmètre de la fête étant vaste, les déplacements ne sont jamais gênés par la foule comme ce fut le cas lors d'éditions précédentes.
Bien évidemment, cette impression bute sur le problème crucial de Fribourg: l'absence de grande salle (celle-ci est d'ailleurs en construction à deux pas de la gare). Les organisateurs ont dû multiplier les lieux de concerts, mais ceux-ci sont très vite remplis quand des interprètes vedettes comme Cédric Pescia ou le Quatuor Sine Nomine sont programmés. La grogne était plus vive encore autour de l'église des Cordeliers samedi. La répétition gratuite du concert de gala avec l'OCL avait été annoncée à 17h, ouverture des portes à 16h30. Mais par on ne sait quel mystère, l'église était déjà pleine une heure avant, et bien des amoureux de Schubert ont attendu en vain devant la porte close. Les refoulés se sont reportés en masse sur la cathédrale, tout aussi bondée, où se donnait le Requiem de Fauré.
Bonbonnière aristo
Ces reflux successifs peuvent aussi avoir pour effet de pénétrer dans un lieu qu'on n'avait pas prévu de visiter, comme la salle paroissiale de Saint-Nicolas où Michel Brodard avait laissé sa place à son élève, le brillant ténor Bertrand Bochud, ou cette bonbonnière délicieusement aristocratique qu'est la salle de la Grande Société. Paradoxe amusant, les deux accordéonistes Lionel et Stéphane Chapuis, y jouaient des airs folkloriques d'Europe orientale, des transcriptions de Ginastera et de Piazzolla. La Schubertiade est précisément le lieu rêvé pour ces découvertes, pour ces décalages de styles et d'époque, pour célébrer une musique en totale liberté. Les accordéonistes ne sont pas les seuls à se piquer au jeu de la transcription. Sur la place du Petit-Saint-Jean, Brigitte Ravenel chantait Kurt Weill accompagnée par quatre tubas, et, plus tôt dans la matinée, le Choeur du motet de Genève chantait Mahler a cappella!
Mais depuis 1978, une Schubertiade n'en serait pas une sans la traditionnelle Messe allemande de Schubert, chantée avec le public. Sous le soleil encore plus généreux du dimanche, des milliers de fidèles ont convergé vers la Planche supérieure, galvanisés par un André Charlet au meilleur de sa forme. Il faut l'entendre, ce fringant octogénaire, crier «Pianissimo!» à la foule et réclamer des silences habités pour que l'esprit de Schubert s'invite au milieu des chanteurs. André Charlet n'a pas caché son émotion face à la ferveur de ses fans, lui qui, toujours, s'efface devant la musique et les compositeurs. Il donne à tous rendez-vous à Payerne en 2009! |